Sécurité sociale

Cotisations sociales : le Luxembourg encaisse 8,77 milliards d'euros en 2025

Le rapport annuel du CCSS enregistre des recettes en hausse de 6,7 %, portées par une masse salariale dense et près de la moitié de travailleurs frontaliers. Mais l'horizon des retraites s'assombrit.

Par Jonas Thill · · 4 min de lecture

Travailleurs frontaliers descendant des trains CFL à la gare centrale de Luxembourg au petit matin, devant la façade Belle Époque en pierre claire.
Le flot matinal des frontaliers à la gare de Luxembourg, devant la façade Belle Époque et les trains CFL. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Le Luxembourg a collecté 8,77 milliards d'euros de cotisations sociales en 2025, soit une progression de 6,7 % sur un an, selon le rapport annuel publié le 25 juin 2026 par le Centre commun de la sécurité sociale (CCSS), l'organisme qui perçoit et redistribue les prélèvements sociaux du Grand-Duché.

Ces recettes constituent l'ossature financière des régimes de pension, d'assurance maladie et d'assurance dépendance du pays. Elles offrent aussi une lecture quasi instantanée du marché du travail qui les alimente. Le total 2025 marque une nette accélération par rapport à 2024, exercice où les cotisations avaient progressé plus modestement, à 8,21 milliards d'euros, contre 8,18 milliards un an plus tôt.

Plus de salariés, et surtout mieux payés

Le CCSS a traité 10,19 millions de déclarations de salaire en 2025, en hausse de 5,0 %, tandis que le nombre de salariés inscrits progressait de 1,0 %, pour atteindre 509 072 personnes. Que les déclarations augmentent cinq fois plus vite que les effectifs en dit long : la dynamique tient autant à la hausse des rémunérations qu'à celle de l'emploi. Le Luxembourg indexe automatiquement salaires et pensions sur l'inflation ; chaque tranche indiciaire relève donc l'assiette sur laquelle sont calculées les cotisations.

Le rapport dénombre par ailleurs 23 708 assurés volontaires, en progression de 8,5 %, et confirme la bascule vers le numérique : les décomptes mensuels délivrés via le portail MyGuichet.lu bondissent de 27,5 %, à 9 668, et un nouveau portail dédié aux employeurs a été ouvert. Sur le plan interne, le « Service salaires » a été scindé en une unité nationale et une unité internationale, et le « Service recouvrement judiciaire » rebaptisé « Service contentieux ».

Le moteur frontalier

Une large part de cet argent est gagnée par des personnes qui ne résident pas au Luxembourg. Les travailleurs frontaliers représentent environ 47 % de la main-d'œuvre salariée du pays, selon le STATEC, l'institut national de la statistique : plus de 228 000 personnes franchissent la frontière chaque jour ouvré, sur un total d'environ 494 000 emplois salariés fin 2025. La France fournit à elle seule quelque 54 % de ces navetteurs, la Belgique et l'Allemagne se partageant à parts presque égales le reste, soit près de 23 % chacune.

Cette dépendance est aussi un risque structurel. Dans son étude économique 2025 consacrée au Luxembourg, l'OCDE met en garde : « Le départ à la retraite des travailleurs immigrés et frontaliers, qui ont alimenté la forte croissance de l'emploi à partir de la fin des années 1980, fait peser des défis sur la soutenabilité du système de pension luxembourgeois. »

À quoi servent les cotisations

Les 8,77 milliards d'euros se répartissent entre les branches de l'assurance sociale gérées par le CCSS, chacune financée par une fraction fixe du salaire brut :

  • L'assurance pension, le poste le plus lourd du système, prélevée à hauteur de 8 % côté salarié et 8 % côté employeur — taux appelé à augmenter en 2026 ;
  • L'assurance maladie-maternité, à environ 2,80 % de part et d'autre, complétée d'un prélèvement réduit au titre des prestations en espèces ;
  • L'assurance dépendance, à 1,40 %, acquittée par les seuls salariés ;
  • L'assurance accident et autres prélèvements à la charge exclusive de l'employeur, comme la mutualité des employeurs et la contribution à la santé au travail.

Le CCSS joue le rôle de guichet unique de perception et reverse les sommes collectées à la Caisse nationale d'assurance pension (CNAP), à la Caisse nationale de santé (CNS) et aux autres organismes.

L'excédent d'aujourd'hui, la tension de demain

Pour l'heure, le système dispose d'un coussin confortable : des décennies de cotisations supérieures aux prestations ont constitué un fonds de réserve de pension valant plus de quatre fois la dépense annuelle de retraite — soit environ 31 % du PIB —, très au-dessus du plancher légal fixé à 1,5 année de prestations. Mais le courant s'inverse. L'Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) et la Commission européenne anticipent que, dès 2025, les cotisations du régime général de pension ne couvriront plus la dépense, entamant peu à peu ces réserves.

Pour freiner l'érosion, le taux global de cotisation de pension doit passer de 24 % à 25,5 % à compter de 2026, le surcoût étant réparti entre salariés, employeurs et État. L'arithmétique de long terme est plus brutale encore.

« Le ratio de soutien entre cotisants et retraités devrait passer de 2,3 en 2022 à un peu moins de 1 en 2070, l'une des baisses les plus marquées de l'Union européenne. » — Étude économique de l'OCDE sur le Luxembourg, 2025

Le CCSS, lui, présente les dernières années comme une phase de consolidation. Dans l'avant-propos du rapport 2024 de l'organisme, son président Claude Seywert écrivait que l'exercice « a été marqué par un fort engagement en faveur de l'efficacité, de la proximité et de la qualité de nos services ». L'édition 2025 ajoute aux recettes record son lot de réorganisations — la scission du service salaires et le changement de nom du service de recouvrement judiciaire —, à mesure que grossit la facture que ces mêmes recettes devront un jour honorer.

Questions fréquentes

Combien le Luxembourg a-t-il collecté de cotisations sociales en 2025 ?
Le Centre commun de la sécurité sociale (CCSS) a perçu 8,77 milliards d'euros de cotisations sociales en 2025, soit une hausse de 6,7 % par rapport aux 8,21 milliards de 2024, selon son rapport annuel publié le 25 juin 2026.
Quel est le rôle des frontaliers dans le financement du système ?
Les travailleurs frontaliers représentent environ 47 % de la main-d'œuvre salariée luxembourgeoise. Plus de 228 000 personnes franchissent la frontière chaque jour, dont quelque 54 % depuis la France, et la Belgique et l'Allemagne pour près de 23 % chacune. Leurs cotisations financent donc près de la moitié du système.
Pourquoi le taux de cotisation de pension augmente-t-il en 2026 ?
Dès 2025, les cotisations du régime général ne couvrent plus la dépense de pension, ce qui commence à entamer le fonds de réserve. Pour freiner cette érosion, le taux global passe de 24 % à 25,5 % en 2026, le surcoût étant réparti entre salariés, employeurs et État.
Sources(8)
  1. 1CCSS Annual Report Highlights €8.77bn in Social Security ContributionsChronicle.lu · chronicle.lu
  2. 2Social Security Contributions Rise to €8.21bn in 2024Chronicle.lu · chronicle.lu
  3. 3Annual report 2024 of the Social Security CentreThe Luxembourg Government (gouvernement.lu) · gouvernement.lu
  4. 4Securing the pension system for future generations — OECD Economic Surveys: Luxembourg 2025OECD · oecd.org
  5. 5Luxembourg pension balance could turn negative in 2025: EU projectionDelano · delano.lu
  6. 6Regards 02/26 — Panorama of the Luxembourg labour market on May 1stSTATEC / statistiques.public.lu · statistiques.public.lu
  7. 7Cross-border workers in Luxembourg: who are they and why are they important?Luxtoday.lu · luxtoday.lu
  8. 8Annual report 2025 of the CCSS (publications)CCSS (ccss.public.lu) · ccss.public.lu

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