Allemagne

Impôts, retraites, droit du travail : la coalition Merz sort de l'impasse avec 34 mesures de réforme

Après des mois de tractations, la CDU/CSU et le SPD présentent un « programme de relance et d'emploi » : dix milliards d'euros d'allègements fiscaux dès 2027, financés par les plus hauts revenus.

Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

Le bâtiment de la Chancellerie fédérale (Bundeskanzleramt) à Berlin, siège du gouvernement allemand
La Chancellerie fédérale à Berlin, dans le jardin de laquelle la coalition a présenté son programme de réformes le 2 juillet 2026. Image d'illustration générée par IA. Illustration générée par IA — Status

Il aura fallu des mois d'impasse, une nuit de négociations et bien des doutes sur la capacité du gouvernement allemand à gouverner tout court. Jeudi 2 juillet, dans le jardin de la Chancellerie fédérale à Berlin, le chancelier Friedrich Merz et ses partenaires de coalition ont présenté un « programme de relance et d'emploi » en 34 mesures, scellé la veille au soir lors d'une réunion du comité de coalition qui s'est étirée tard dans la nuit. Le paquet — allègements fiscaux massifs, refonte des retraites, durcissement du droit du travail — doit à la fois ranimer une croissance en panne et endiguer la progression de l'extrême droite avant les élections régionales de septembre dans l'est du pays.

« Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour surmonter la faiblesse structurelle de notre pays en matière de croissance économique », a déclaré M. Merz en présentant le programme, reconnaissant, selon l'AFP, que son gouvernement était « sous pression de toutes parts ». Les agences de presse ont décrit l'accord comme une percée décisive après des mois de querelles internes entre la CDU/CSU et le SPD.

Dix milliards d'euros redistribués du haut vers le bas

Cœur du dispositif : environ 10 milliards d'euros par an d'allègements de l'impôt sur le revenu, ciblés sur les bas et moyens revenus et applicables au 1er janvier 2027, selon l'AFP et Reuters. Les ménages gagnant jusqu'à 60 000 euros par an y gagneraient quelque 600 euros annuels, d'après les détails rapportés par l'AFP et t-online.

Le financement viendra du haut de l'échelle : le taux de 45 % s'appliquera dès 250 000 euros de revenu imposable, et un nouveau taux supérieur de 47 % entrera en vigueur à partir de 280 000 euros — contre 45 % aujourd'hui pour l'actuelle « taxe sur les riches » (Reichensteuer), rapportent t-online et le Handelsblatt. Le vice-chancelier et ministre des Finances Lars Klingbeil, chef de file des sociaux-démocrates, a pleinement assumé ce rééquilibrage.

« Les plus hauts revenus de ce pays assumeront donc une part plus importante de la charge fiscale. C'est juste », a déclaré M. Klingbeil.

Retraites : la barrière des 67 ans vacille

Au-delà de la fiscalité, le programme s'attaque en profondeur à l'État social et au droit du travail allemands :

  • Retraites : la coalition s'engage à mettre en œuvre l'intégralité des 33 recommandations de la commission des retraites mandatée par le gouvernement, la législation devant être adoptée par le Bundestag d'ici à la fin de 2026. Les propositions lieraient l'âge de départ à l'espérance de vie après 2031, au-delà du plafond légal actuel de 67 ans — certaines estimations citées par Al Jazeera l'approchant de 70 ans vers la fin du siècle.
  • Arrêts maladie : l'arrêt maladie délivré par téléphone est supprimé ; un certificat médical devient obligatoire dès le premier jour d'absence, pour juguler un absentéisme jugé comparativement élevé.
  • Contrats à durée déterminée : les CDD pourront désormais courir jusqu'à 48 mois, soit quatre ans, avec jusqu'à six prolongations — une règle limitée à la fin de 2030.
  • Bureaucratie : réduction des obligations déclaratives des entreprises, baisse de 8 % des effectifs des ministères fédéraux grâce à la numérisation et plan d'action contre la fraude aux prestations sociales, selon Reuters. S'y ajoutent des déclarations fiscales préremplies, une protection des données ramenée au minimum européen — avec un allègement du RGPD pour les petites entreprises — et des mesures en faveur du logement abordable, détaille t-online.

La plupart des mesures devront passer le cap du Bundestag ; la réforme fiscale requiert en outre l'aval du Bundesrat, la chambre représentant les Länder. Le gouvernement veut boucler l'essentiel des textes d'ici à la fin de l'année.

Applaudissements feutrés, colère syndicale

Dans les milieux économiques, l'accord a été lu comme la preuve que la coalition, formée en 2025, sait encore trancher après des mois de disputes publiques sur les retraites, les dépenses sociales et les règles du travail. Pour Marion Muehlberger, économiste senior à la Deutsche Bank, interrogée par l'AFP, il s'agit de « l'un des plus vastes trains de réformes qu'ait connus l'Allemagne depuis des décennies », signe que le gouvernement demeure capable de s'entendre sur des réformes structurelles d'ampleur.

Le jugement est tout autre côté syndical : IG Metall, premier syndicat industriel du pays, a dénoncé dans le volet travail « une attaque contre les droits des travailleurs », selon l'AFP. Dans l'opposition, les coprésidents du groupe AfD au Bundestag, Alice Weidel et Tino Chrupalla, ont qualifié le programme d'« amère déception » pour les citoyens comme pour l'économie, estimant dans un communiqué que la rhétorique de la coalition dépassait ses résultats. L'arrière-plan politique est limpide : la coalition est distancée dans les sondages par l'AfD dans plusieurs Länder de l'Est appelés aux urnes en septembre.

Vu du Luxembourg : le premier client se remet en mouvement

Ce qui se décide à Berlin ne s'arrête pas aux rives de la Spree. L'Allemagne est le premier débouché des exportations de biens luxembourgeoises — 25,4 % en 2023, selon les données commerciales compilées par le portail de la Lloyds Bank — et ses entreprises irriguent les chaînes d'approvisionnement de toute la Grande Région. Un programme crédible de relance de la croissance allemande concerne donc directement l'industrie et la logistique du Grand-Duché, pour lesquelles la demande allemande demeure la première variable extérieure.

Le volet social résonne tout autant de ce côté-ci de la Moselle. Environ 23 % des plus de 220 000 frontaliers du Luxembourg — quelque 50 000 personnes — viennent d'Allemagne, selon les données du STATEC rapportées par Chronicle.lu. La baisse de l'impôt allemand à partir de 2027, comme un âge de la retraite appelé à dériver vers le haut après 2031, pèseront sur les budgets et les arbitrages de carrière des ménages de Trèves, de Saarburg et des zones frontalières allemandes dont viennent nombre de ces navetteurs. Et un gouvernement berlinois de nouveau capable de légiférer plutôt que de se quereller rend un peu de prévisibilité aux débats budgétaires et économiques européens, où la petite économie ouverte du Luxembourg joue gros.

Reste l'épreuve parlementaire. Avec une majorité exploitable au Bundestag, mais des élections régionales à l'horizon et des ailes partisanes remuantes, l'automne législatif dira si la percée de jeudi fut un tournant — ou une simple trêve.

Questions fréquentes

Que contient le « programme de relance et d'emploi » allemand ?
Le paquet compte 34 mesures : environ 10 milliards d'euros par an d'allègements de l'impôt sur le revenu dès 2027, la mise en œuvre des 33 recommandations de la commission des retraites, la suppression de l'arrêt maladie par téléphone, des CDD allongés jusqu'à 48 mois et une réduction de la bureaucratie, dont une baisse de 8 % des effectifs des ministères fédéraux.
Qui financera les baisses d'impôt annoncées à Berlin ?
Les plus hauts revenus : le taux de 45 % s'appliquera dès 250 000 euros de revenu imposable et un nouveau taux supérieur de 47 % à partir de 280 000 euros, contre un plafond actuel de 45 %.
Quelles conséquences pour le Luxembourg et la Grande Région ?
L'Allemagne est le premier marché d'exportation du Luxembourg (25,4 % des exportations de biens en 2023) et environ 50 000 frontaliers — près de 23 % du total — viennent d'Allemagne. La fiscalité allemande dès 2027 et un âge de la retraite relevé après 2031 les concernent directement.
Le paquet de réformes est-il déjà adopté ?
Non. La plupart des mesures doivent être votées par le Bundestag, et la réforme fiscale requiert aussi l'accord du Bundesrat, la chambre des Länder. Le gouvernement vise une adoption des textes clés d'ici la fin de 2026.
Sources(13)
  1. 1German coalition agrees on sweeping reform package in key breakthroughAl Jazeera (AFP) · aljazeera.com
  2. 2German coalition agrees on reform package in key breakthroughFrance 24 (AFP) · france24.com
  3. 3German ruling coalition agrees on major reform packageYahoo Finance (AFP) · uk.finance.yahoo.com
  4. 4Under-fire German ruling coalition unveils reform packageReuters (via WHBL) · whbl.com
  5. 5Merz's Coalition Reaches Agreement on German Reform PackageBloomberg · bloomberg.com
  6. 6Merz unveils sweeping reform push for Germany: Tax cuts, pension overhaul and new sick leave rulesThe Washington Post (AP) · washingtonpost.com
  7. 7Koalitionsausschuss: Die Ergebnisse – und Details zum Reformpakett-online · t-online.de
  8. 8Bundesregierung: Spitzensteuersatz greift später, Reichensteuer steigtHandelsblatt · handelsblatt.com
  9. 9Reformpaket der Koalition ist eine herbe EnttäuschungAfD-Fraktion im Deutschen Bundestag · afdbundestag.de
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  11. 11STATEC Reveals Cross-Border Workers' Impact on 2022 Luxembourg EconomyChronicle.lu (STATEC data) · chronicle.lu
  12. 12Foreign trade figures of LuxembourgLloyds Bank International Trade Portal · lloydsbanktrade.com
  13. 13Luxembourg (LUX) and Germany (DEU) TradeObservatory of Economic Complexity · oec.world

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