Chambre des députés

Like anti-LGBTIQ+ : un député de l'ADR reçoit un avertissement de son parti

Le Parlement luxembourgeois a condamné les discours de haine par une résolution unanime, mais sans prononcer la moindre sanction. La seule peine est venue de l'ADR : une lettre.

Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

L'hémicycle vide de la Chambre des députés du Luxembourg, au Krautmaart, à Luxembourg-Ville.
Vue de l'hémicycle de la Chambre des députés, au Krautmaart à Luxembourg-Ville. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Un appel à « exterminer » une minorité, approuvé d'un clic par un élu de la nation, et au bout du compte : une lettre. C'est, pour l'essentiel, ce qu'aura coûté à Tom Weidig son geste sur Facebook. Le député de l'Alternative démocratique et réformatrice (ADR) n'a subi aucune sanction de la part du Parlement où il siège, et seulement un avertissement écrit de son propre parti — un dénouement qui relance une question dérangeante : avec quels moyens la Chambre des députés encadre-t-elle vraiment les propos discriminatoires de ses membres ?

Élu dans la circonscription du Centre en octobre 2023, Tom Weidig s'attire en février 2025 une condamnation transpartisane après avoir « aimé » un commentaire publié en allemand : « Wir müssen auch hier kämpfen und LGBTQ vernichten », soit « Nous devons combattre ici aussi et anéantir les LGBTQ ». Quelques jours plus tôt, le même élu avait salué publiquement la décision du président américain Donald Trump d'exclure les athlètes transgenres des compétitions féminines.

Un clic qui ne passe pas

Relayé par d'autres responsables politiques puis par la presse, ce « like » provoque une déflagration immédiate. Weidig assure que le geste était accidentel, qu'on l'a mal compris, et présente ses excuses. Rosa Lëtzebuerg, principale organisation de défense des personnes LGBTIQ+ au Luxembourg, ne s'en satisfait pas : elle dépose une plainte pénale visant à la fois le député et l'auteur du commentaire d'origine, et réclame sa démission.

L'affaire éclate sur fond de tensions plus larges autour des droits LGBTIQ+ dans le pays, alors qu'une campagne de pétition contestée s'oppose à la présence de contenus LGBTIQ+ à l'école — un combat porté par la base de l'ADR. Pour ses détracteurs, un député validant un appel explicite à « exterminer » une minorité avait franchi une ligne que nul ne pouvait réduire à un simple dérapage numérique.

Le Parlement condamne, mais ne punit pas

Le 12 février 2025, six formations — le CSV, le Parti démocratique (DP), le LSAP, déi gréng, le Parti pirate et déi Lénk — déposent ensemble une résolution « condamnant fermement toute atteinte aux droits humains, y compris les actes de violence, les discours de haine et les discriminations visant les minorités ». Le texte est adopté à l'unanimité, les cinq députés de l'ADR votant eux aussi pour. Weidig, lui, reste muet pendant que les bancs de l'hémicycle, à droite comme à gauche, le prennent à partie.

Le député DP Gilles Baum appelle à poser une frontière nette. « Ça suffit ! », lance-t-il, jugeant « important que nous élevions la voix pour souligner sans équivoque que la pensée fasciste et national-socialiste n'a sa place ni dans cette Chambre, ni dans la société ». Plus tranchant encore, Marc Baum (déi Lénk) s'adresse directement à l'intéressé : « En affichant votre soutien à l'appel pour exterminer les LGBTIQ+, vous ne faites plus partie de la démocratie », l'agir « sous le coup de l'émotion » ne constituant à ses yeux aucune excuse.

« Vous êtes une honte pour cette Chambre ! » — Taina Bofferding, députée LSAP et cheffe de groupe parlementaire, qui qualifie l'ADR de parti « toxique pour notre société ».

Mais, derrière la sévérité des mots, la résolution demeure une prise de position politique, non une peine. La Chambre n'a infligé aucune sanction formelle à Weidig : ni suspension, ni amende, ni perte de mandat. Son règlement encadre d'abord la tenue à l'intérieur de l'hémicycle, et le geste incriminé s'était produit sur les réseaux sociaux, hors de ses murs.

L'avertissement d'un parti, faute de mieux

Le Parlement renonçant à frapper l'un des siens, la seule voie disciplinaire restante était interne à l'ADR. Le parti ouvre une procédure, jugeant le « like » « inacceptable », et réunit son comité national le lundi 17 février 2025. L'éventail des sanctions possibles était large :

  • un simple avertissement écrit ;
  • des mesures internes plus lourdes ;
  • ou l'exclusion pure et simple du parti.

L'exclusion n'avait rien de théorique : en 2017, l'ADR avait écarté Joe Thein après qu'il eut déclaré que le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Jean Asselborn, devrait être « abattu dans la rue ». Dans le cas Weidig, le comité a finalement retenu l'option la plus clémente — l'avertissement écrit. Il a estimé que le député « ne voulait pas et n'appelait pas à exterminer qui que ce soit », et lui a demandé de clarifier son comportement sur les réseaux sociaux. Il conserve son siège.

Là où le Luxembourg place la limite

L'épisode met au jour l'indigence des outils dont dispose le Parlement luxembourgeois pour discipliner les propos discriminatoires de ses membres. La Chambre peut débattre, condamner, voter des résolutions, mais son code de conduite vise l'ordre dans l'enceinte plutôt que ce que les députés publient en ligne. Un précédent l'avait déjà montré : en janvier 2024, après des propos menaçants tenus par Weidig à l'encontre d'un caricaturiste sur Facebook, la Conférence des présidents l'avait reçu sans prononcer de sanction formelle, au motif que les faits se situaient « en dehors des murs du Parlement », et s'était bornée à promettre une révision du code de déontologie parlementaire.

Résultat : la réponse formelle la plus ferme à un député approuvant un appel à « exterminer » une minorité n'est pas venue de l'institution qu'il sert, mais du parti qui l'a investi — et s'est résumée à un courrier d'avertissement. Les partisans de cette retenue y voient le respect de la large liberté reconnue aux élus, et le principe selon lequel ce sont les électeurs, et non des comités, qui doivent au bout du compte juger leurs représentants. Leurs contradicteurs rétorquent qu'elle laisse la dignité des groupes protégés suspendue au bon vouloir d'un seul parti.

Pour le Luxembourg, l'affaire pose un repère. Un hémicycle unanime peut affirmer que les appels à l'extermination d'une minorité sont indéfendables — tout en découvrant, face à l'un de ses membres qui a validé précisément cela, qu'il n'a presque aucun pouvoir d'y répondre.

Questions fréquentes

Qu'a précisément fait Tom Weidig ?
En février 2025, le député ADR a « aimé » un commentaire publié en allemand sur Facebook appelant à « combattre » et « anéantir » les personnes LGBTQ, rendu dans la presse francophone par « exterminer les LGBTIQ+ ». Quelques jours plus tôt, il avait salué l'exclusion des athlètes transgenres des compétitions féminines décidée par Donald Trump. Il a dit que le like était accidental et présenté ses excuses.
Quelle sanction a-t-il reçue ?
Aucune de la part de la Chambre des députés, qui s'est limitée à une résolution de condamnation votée à l'unanimité le 12 février 2025. Seul son parti, l'ADR, l'a sanctionné, par un simple avertissement écrit décidé le 17 février, après avoir jugé qu'il « ne voulait pas et n'appelait pas à exterminer qui que ce soit ».
Pourquoi le Parlement ne l'a-t-il pas sanctionné lui-même ?
Le règlement de la Chambre encadre principalement le comportement à l'intérieur de l'hémicycle, alors que le geste s'est produit sur les réseaux sociaux. Un précédent de janvier 2024, concernant des propos menaçants envers un caricaturiste, avait déjà été classé sans sanction formelle pour des faits situés « hors des murs du Parlement ».
Sources(8)
  1. 1Affaire Weidig : «Vous êtes une honte pour cette Chambre»Le Quotidien · lequotidien.lu
  2. 2L'ADR adresse un avertissement à Tom WeidigLe Quotidien · lequotidien.lu
  3. 3Affaire Tom Weidig : l'ADR lance une procédure de disciplineLe Quotidien · lequotidien.lu
  4. 4Nach Facebook-Like von Tom Weidig: Chamber wendet sich mit Resolution gegen ADRTageblatt · tageblatt.lu
  5. 5Transphober Post: Rosa Lëtzebuerg zeigt Tom Weidig anL'essentiel · lessentiel.lu
  6. 6Chambre : l'affaire Weidig est closeLe Quotidien · lequotidien.lu
  7. 7Tom WeidigWikipedia · en.wikipedia.org
  8. 8Tom Weidig — deputy profileChambre des Députés du Grand-Duché de Luxembourg · chd.lu

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