Place financière
La Bourse de Luxembourg franchit 50 000 cotations pendant que la zone euro patine
Premier marché mondial des obligations transfrontalières, LuxSE a dépassé les 50 000 valeurs cotées et capte près d'une obligation internationale sur trois, malgré une croissance européenne en berne.
Par Jonas Thill · · 5 min de lecture

Pendant que l'économie de la zone euro qui l'entoure peine à croître, la Bourse de Luxembourg (LuxSE) consolide sa position de première place mondiale pour la dette internationale : elle vient de dépasser les 50 000 valeurs cotées et continue d'attirer près d'une obligation internationale sur trois émises dans le monde.
Ce seuil, révélé dans le bilan 2025 de la place financière publié par Luxembourg for Finance, illustre la solidité du cœur de métier de la Bourse — la cotation d'obligations transfrontalières et de titres de fonds d'investissement pour des émetteurs originaires de plus de 100 pays — à l'heure où l'élan économique général s'essouffle. Selon Eurostat, le produit intérieur brut de la zone euro n'a progressé que de 0,3 % au dernier trimestre 2025 et d'environ 1,5 % sur l'ensemble de l'année, tandis que la Banque centrale européenne ne table que sur une croissance « modeste » de 1,4 % en 2025, ramenée à 1,2 % en 2026.
Une année d'admissions sans précédent
Les derniers comptes annuels publiés par la Bourse, ceux de l'exercice 2024, fixent le repère sur lequel cette franchise s'appuie désormais. En présentant ces chiffres lors de son assemblée générale en juin 2025, LuxSE a indiqué avoir admis 15 111 nouveaux titres au cours de 2024 — une hausse de 9 % sur un an et le nombre le plus élevé jamais enregistré en une seule année depuis sa création en 1928. Ces nouvelles cotations ont permis aux émetteurs de lever environ 1 500 milliards d'euros, en progression de 19 %, portant à 44 775 le nombre de titres présents sur ses marchés à la fin de l'année et confortant une part de marché mondiale de 33 % sur les obligations internationales cotées.
- 15 111 nouveaux titres admis en 2024, en hausse de 9 % — un record sur une seule année
- 1 500 milliards d'euros levés via les nouvelles cotations, en hausse de 19 %
- 45,5 millions d'euros de revenus opérationnels (+9 %) et 8,1 millions d'euros de bénéfice net
- 33 % du marché mondial des obligations internationales cotées
Cet afflux de cotations s'est traduit par des résultats financiers solides, sans être spectaculaires. Les revenus opérationnels ont grimpé de 9 %, à 45,5 millions d'euros, tandis que le bénéfice net s'est établi à 8,1 millions d'euros, contre 10,6 millions un an plus tôt — un recul que la Bourse attribue à des gains exceptionnels et non opérationnels comptabilisés en 2023, et non à un affaiblissement de son activité de base.
« 2024 a été une excellente année pour la Bourse de Luxembourg, avec des volumes de cotation exceptionnels et des avancées dans les domaines du négoce et des données », a déclaré Julie Becker, directrice générale de la Bourse.
Alain Kinsch, président du conseil d'administration, a estimé pour sa part que LuxSE avait « réalisé des progrès significatifs dans son plan stratégique à quatre ans et continué de jouer un rôle crucial comme pilier majeur de la place financière luxembourgeoise ».
La finance durable, marque de fabrique maison
Une large part de la singularité de la Bourse repose sur le Luxembourg Green Exchange (LGX), la plateforme lancée en 2016 et première au monde dédiée aux titres verts et durables. En 2024, elle a accueilli 664 nouvelles obligations vertes, sociales, durables et liées à la durabilité (GSSS), portant le total à 2 199 et canalisant 262 milliards d'euros vers des projets environnementaux et sociaux — soit environ 42 % du marché mondial des obligations durables cotées.
À la fin de 2025, ces chiffres avaient encore progressé. Plus de 2 400 obligations GSSS étaient cotées sur LGX, représentant près de 43 % du marché mondial, pour plus de 1 300 milliards d'euros levés via les titres de la plateforme, rapporte Luxembourg for Finance. Ces données maintiennent le Grand-Duché au centre d'un marché de la finance durable qui s'est refroidi ailleurs, sous l'effet de taux d'intérêt plus élevés et d'un retour de bâton politique contre l'investissement environnemental, social et de gouvernance.
Une résilience à contre-courant de la conjoncture
Le contraste entre le carnet d'ordres de la Bourse et l'atonie de l'économie régionale est au cœur de l'histoire. L'attrait du Luxembourg pour les émetteurs obligataires tient à des facteurs structurels plutôt que conjoncturels : une seule cotation sur une place reconnue de l'Union européenne offre aux emprunteurs un passeport vers les investisseurs de tout le bloc, adossé à des décennies d'expertise dans le traitement de dettes complexes et multidevises. Le Grand-Duché s'est ainsi imposé comme destination par défaut pour les États souverains, les institutions supranationales telles que la Banque européenne d'investissement et la Banque mondiale, et les grandes entreprises, quel que soit le lieu où la croissance se manifeste.
L'ensemble de la place financière a affiché la même résilience en 2025 : les encours sous gestion des fonds d'investissement domiciliés au Luxembourg ont dépassé pour la première fois 8 000 milliards d'euros, atteignant 8 200 milliards à la clôture de l'exercice.
« Le développement continu du Luxembourg reflète la force de son modèle international », a observé Tom Théobald, directeur général de Luxembourg for Finance.
Reste une question ouverte : les volumes de cotation pourront-ils continuer de battre des records si la croissance de la zone euro demeure atone et si les émissions obligataires se normalisent après plusieurs années inhabituellement chargées ? Pour l'heure, les chiffres laissent penser que la plus ancienne franchise de la place financière — apposer discrètement son tampon sur la dette du monde entier — se révèle l'une des plus durables, alors même que l'économie dans laquelle elle s'inscrit cherche son second souffle.
Questions fréquentes
- Combien de titres sont cotés à la Bourse de Luxembourg ?
- La Bourse de Luxembourg a dépassé les 50 000 valeurs cotées sur ses marchés à la fin de 2025, selon le bilan de la place financière publié par Luxembourg for Finance. À la fin de 2024, elle comptait 44 775 titres.
- Quelle est la part de marché de LuxSE sur les obligations internationales ?
- La Bourse de Luxembourg détient environ 33 % du marché mondial des obligations internationales cotées : une obligation nouvelle sur trois dans le monde y est cotée.
- Qu'est-ce que le Luxembourg Green Exchange (LGX) ?
- Lancé en 2016, le LGX est la première plateforme au monde dédiée aux titres verts et durables. Fin 2025, il comptait plus de 2 400 obligations GSSS, soit environ 43 % du marché mondial, pour plus de 1 300 milliards d'euros levés.
- Quels étaient les résultats financiers 2024 de LuxSE ?
- Pour l'exercice 2024, LuxSE a affiché 45,5 millions d'euros de revenus opérationnels (+9 %) et un bénéfice net de 8,1 millions, contre 10,6 millions en 2023, en raison de gains exceptionnels comptabilisés cette année-là.
Sources(8)
- 1Record listing numbers secure solid 2024 revenues for LuxSELuxembourg Stock Exchange (LuxSE) · luxse.com
- 2LuxSE sees highest number of new securities admissions in a single yearDelano · delano.lu
- 3LuxSE Reports Record New Listings in 1 Year, €8.1m Net ProfitChronicle.lu · chronicle.lu
- 4Luxembourg financial centre records strong growth across sectors in 2025Luxembourg for Finance · luxembourgforfinance.com
- 5GDP up by 0.3% in both the euro area and the EU (Q4 2025 flash estimate)Eurostat · ec.europa.eu
- 6Eurosystem staff macroeconomic projections for the euro area, December 2025European Central Bank · ecb.europa.eu
- 7Overview of exchange | Luxembourg Stock Exchange (Cross-Border Listings Guide)Baker McKenzie Resource Hub · resourcehub.bakermckenzie.com
- 8Luxembourg Stock ExchangeWikipedia · en.wikipedia.org
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