Défense planétaire

Un astéroïde d'un kilomètre frôle la Terre cet après-midi, sans le moindre danger

À 13 h 14 heure luxembourgeoise, l'astéroïde 1997 NC1 réalise son passage le plus proche depuis quatre siècles : 2,56 millions de kilomètres, un rendez-vous inoffensif mais scruté par les radars.

Par Marc Weber · · 5 min de lecture

Antenne radar de l'espace lointain en acier blanc de 34 mètres, dressée dans le désert et orientée vers le ciel nocturne, évoquant le suivi radar de l'astéroïde 1997 NC1.
Une antenne radar de 34 mètres de type Goldstone orientée vers le ciel nocturne, symbole du suivi radar de l'astéroïde géocroiseur (152637) 1997 NC1. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Le rendez-vous était attendu depuis des années, et il ne réserve aucune mauvaise surprise. Ce samedi 27 juin, un astéroïde géocroiseur pouvant atteindre 1,6 kilomètre de diamètre passe au plus près de notre planète en début d'après-midi, sans présenter le moindre risque. L'objet (152637) 1997 NC1 atteint son point le plus proche de la Terre à 11 h 14 TU — soit 13 h 14 à Luxembourg —, selon le Centre de coordination des objets géocroiseurs de l'Agence spatiale européenne (ESA).

À cet instant précis, l'astéroïde se trouvera à 2 559 461 kilomètres de nous, à quelques kilomètres près, précise l'ESA. C'est environ 6,66 fois la distance moyenne qui sépare la Terre de la Lune, ou près de 1,59 million de miles : bien trop loin pour menacer quoi que ce soit, mais assez près pour faire de ce rocher de taille kilométrique une cible de choix pour les instruments de défense planétaire de la planète.

Un record vieux de quatre siècles

À l'échelle des rencontres géocroiseuses, l'événement n'a rien d'anodin. L'ESA et plusieurs astronomes indépendants y voient le passage le plus proche de cet astéroïde depuis les environs de l'an 1600, sans qu'aucun rendez-vous comparable ne soit attendu avant 2133. Le caractère exceptionnel de la date ne change rien à la sérénité des calculs : la trajectoire de 1997 NC1 est cartographiée dans ses moindres détails. L'objet a croisé la Terre une quarantaine de fois en une trentaine d'années d'observations, si bien que son orbite est connue avec une grande précision et que la probabilité de collision est, de fait, nulle.

Les astronomes le rangent parmi les astéroïdes de type Aton, sur une orbite qui le maintient le plus souvent plus près du Soleil que la Terre et qu'il boucle en quelque 294 jours. Le Jet Propulsion Laboratory de la NASA le classe parmi les astéroïdes potentiellement dangereux, une catégorie administrative fondée sur la taille et l'orbite, et non sur un péril imminent. L'ESA estime son diamètre entre 750 et 1 650 mètres, une fourchette large qui traduit tout ce que l'on ignore encore de la réflectivité de sa surface ; on le décrit couramment comme large d'environ un kilomètre. Pour donner l'échelle, c'est 50 à 60 fois la largeur du petit rocher qui avait explosé au-dessus de Tcheliabinsk, en Russie, en 2013.

Gianluca Masi, l'astrophysicien qui dirige le Virtual Telescope Project et a photographié l'astéroïde lors de son approche, a résumé la question de la sécurité sans détour :

Bien entendu, il n'existe absolument aucun risque pour notre planète.

Pour les amateurs de ciel, l'astre reste une proie discrète. D'une magnitude proche de 10, il échappe à l'œil nu, mais un télescope de jardin de six pouces (15 centimètres) ou davantage permet de le repérer : un point quasi stellaire qui dérive sensiblement sur le fond d'étoiles en quelques minutes, à observer de préférence autour du 26 au 28 juin.

Le premier rendez-vous avec les radars

L'astéroïde a été repéré pour la première fois le 5 juillet 1997 par le programme de suivi des astéroïdes géocroiseurs (NEAT) de la NASA, à Haleakala, à Hawaï, et il est observé optiquement depuis lors. Le survol de cette semaine apporte pourtant une première : les toutes premières observations radar de l'histoire connue de l'objet.

Le radar Goldstone de la NASA, installé dans le désert de Mojave en Californie, envoie des ondes radio rebondir sur l'astéroïde les 24, 25 et 27 juin. Les échos radar permettent d'affiner les estimations de taille, de forme, de rotation et d'orbite exacte — précisément les zones d'ombre que l'observation optique laisse ouvertes. Lance A. M. Benner, spécialiste du radar planétaire au JPL, a détaillé le dispositif : « Cet objet n'avait jamais été observé au radar auparavant. Nous utiliserons l'antenne de 34 mètres DSS-26 comme émetteur (7190 MHz) et l'antenne de 34 mètres DSS-13 comme récepteur pour observer cet astéroïde les 24, 25 et 27 juin. »

L'objectif, ajoute Benner, est d'« aider à lever certaines divergences concernant le diamètre, la classe spectrale et l'albédo optique » de l'astéroïde — ces incertitudes mêmes qui donnent à sa taille une fourchette aussi large. En parallèle du travail radar, des télescopes robotisés ont immortalisé le passage : le Virtual Telescope Project l'a capté depuis le désert d'Atacama, au Chili, le 24 juin, alors que l'astéroïde se trouvait encore à quelque 3,5 millions de kilomètres et apparaissait comme une traînée traversant un champ d'étoiles.

L'Europe à la veille, le Luxembourg dans le tour de table

La rencontre offre aussi un aperçu de la manière dont l'Europe surveille les objets qui partagent l'orbite de la Terre. Le Centre de coordination des objets géocroiseurs de l'ESA, hébergé sur le site ESRIN de l'agence à Frascati, en Italie, a publié une fiche détaillée sur l'approche de 1997 NC1 et tient à jour la liste de risques qui sous-tend la défense planétaire du continent. Ce centre s'inscrit dans le programme « Sécurité spatiale » de l'ESA, piloté par le Bureau de défense planétaire de l'agence, qui coordonne le suivi et l'analyse à l'échelle européenne et alimente les réseaux d'alerte internationaux animés avec la NASA et des observatoires du monde entier.

Cet effort est collectif, porté par les États membres de l'ESA — le Luxembourg parmi eux, devenu membre à part entière de l'agence en 2005 et contribuant au financement de ses programmes partagés. Aucune installation nationale n'est centrale pour ce survol précis ; c'est bien le réseau mutualisé de télescopes et de radars, de Hawaï à la Californie jusqu'aux bureaux de données de Frascati, qui transforme un point lointain en un visiteur cartographié au kilomètre près.

Pour le grand public, la leçon est rassurante de banalité. Un astéroïde de taille kilométrique passe plus près qu'il ne l'a fait en quatre siècles, et les systèmes bâtis pour détecter de tels objets l'ont vu venir des décennies à l'avance, l'ont suivi tout du long et ont confirmé qu'il n'y avait jamais rien à craindre. Lorsque 1997 NC1 reviendra aussi près, en 2133, ces systèmes seront plus affûtés encore — en partie grâce aux mesures recueillies ce week-end.

Questions fréquentes

L'astéroïde 1997 NC1 présente-t-il un danger pour la Terre ?
Non. Avec une distance minimale de 2,56 millions de kilomètres, soit environ 6,66 fois la distance Terre-Lune, et une orbite cartographiée avec précision, la probabilité de collision est de fait nulle. L'astrophysicien Gianluca Masi le confirme : « il n'existe absolument aucun risque pour notre planète ».
Quelle est la taille de l'astéroïde ?
L'ESA estime son diamètre entre 750 et 1 650 mètres, une fourchette large liée à l'incertitude sur la réflectivité de sa surface. On le décrit couramment comme large d'environ un kilomètre, soit 50 à 60 fois la taille du météore de Tcheliabinsk de 2013.
Peut-on l'observer depuis le Luxembourg ?
Pas à l'œil nu : sa magnitude avoisine 10. Un télescope d'au moins six pouces (15 cm) permet de le distinguer comme un point quasi stellaire dérivant lentement sur le fond d'étoiles, idéalement autour du 26 au 28 juin.
Pourquoi ce passage est-il historique ?
C'est l'approche la plus proche de cet astéroïde depuis environ l'an 1600, et la première fois qu'il est observé au radar. Aucun rendez-vous comparable n'est attendu avant 2133.
Sources(6)
  1. 1Close approach of asteroid (152637) 1997 NC1European Space Agency · esa.int
  2. 2Close Approach Fact Sheet for (152637) 1997 NC1ESA NEO Coordination Centre · neo.ssa.esa.int
  3. 3Large asteroid to pass Earth safely on June 27EarthSky · earthsky.org
  4. 4Reasons to Approve of the June 27 Flyby of Asteroid 1997 NC1Universe Magazine · universemagazine.com
  5. 5Potentially Hazardous Asteroid (152637) 1997 NC1 close encounter: new image - 24 June 2026The Virtual Telescope Project 2.0 · virtualtelescope.eu
  6. 6Asteroid 152637 (1997 NC1) | Space ReferenceSpace Reference · spacereference.org

naviguerouvrirescfermer