Inclusion numérique
Au Luxembourg, être connecté ne garantit plus d’être à l’aise avec le numérique
Une étude de LISER révèle une fracture moins visible que l’absence d’accès à internet, mais profondément marquée par le diplôme et l’âge.
Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

Le chiffre tient presque de l’arrondi statistique : en 2025, seuls 0,87 % des résidents du Luxembourg n’avaient jamais utilisé internet. L’accès, longtemps au cœur des politiques d’inclusion numérique, n’est donc plus le principal révélateur des inégalités. Celles-ci apparaissent désormais dans la manière d’utiliser le réseau, d’y apprendre, d’accomplir des démarches ou d’en retirer un avantage économique et social.
L’étude de LISER annoncée le 27 juillet 2026 en donne une photographie contrastée. Fondée sur l’enquête harmonisée 2025 de STATEC concernant l’usage des technologies de l’information et de la communication par les ménages et les particuliers, elle répartit les internautes selon leurs activités : 29 % sont classés parmi les faibles utilisateurs, 39 % parmi les utilisateurs intermédiaires et 32 % parmi les utilisateurs intensifs.
Le niveau d’éducation constitue le facteur de différenciation le plus marqué. Les personnes les moins diplômées sont surreprésentées dans le premier groupe, tandis que les plus diplômées dominent le troisième. L’âge dessine une autre ligne de partage : les résidents de 50 ans ou plus sont davantage présents parmi les faibles utilisateurs, alors que les 30-49 ans forment le noyau des utilisateurs intensifs.
Une enquête solide, avec des zones d’ombre
Pour son enquête 2025, STATEC a sélectionné aléatoirement 6 000 résidents âgés de 16 à 74 ans dans le Registre national des personnes physiques. Les personnes sollicitées pouvaient participer en ligne ou par téléphone. Ce dispositif évite de faire dépendre entièrement la participation de l’aisance numérique des répondants.
La publication accompagnant l’étude ne précise toutefois ni le nombre de réponses effectivement recueillies, ni les modalités de pondération, ni les intervalles de confiance. Ces absences limitent l’appréciation de la précision des résultats. La méthode établie par LISER construit en outre des profils à partir de variables décrivant les activités sur internet : elle observe des pratiques et des associations, non une aptitude testée.
Ces profils ne doivent donc pas être confondus avec l’indicateur harmonisé distinct d’Eurostat sur les compétences numériques. Ils ne permettent pas davantage d’affirmer que le niveau d’éducation, l’âge ou une formation donnée provoquent, à eux seuls, un usage plus ou moins avancé.
Le poids décisif du diplôme et de l’âge
L’indicateur d’Eurostat fournit la mesure la plus nette des écarts de compétences. En 2025, 62,40 % des résidents luxembourgeois âgés de 16 à 74 ans possédaient au moins des compétences numériques de base, contre 60,40 % dans l’ensemble de l’Union européenne.
- Parmi les personnes sans diplôme ou ayant un faible niveau d’éducation formelle, cette proportion tombait à 31,66 %, soit 30,74 points de pourcentage de moins que le taux national.
- Chez les 25-54 ans, 68,67 % atteignaient au moins le niveau de base, contre 48,93 % des 55-74 ans : un écart de 19,74 points.
- Les profils de LISER concordent avec ce constat : les 50 ans ou plus sont surreprésentés parmi les faibles utilisateurs, tandis que les 30-49 ans se concentrent davantage parmi les utilisateurs intensifs.
La quasi-généralisation de l’accès masque ainsi des capacités très inégalement réparties. Pouvoir se connecter ne signifie pas nécessairement savoir tirer parti d’un service public en ligne, trouver une information fiable ou développer de nouvelles compétences de manière autonome.
Les données publiées sont moins complètes concernant le revenu et la nationalité. Le résumé actuellement indexé de l’étude 2025 ne fournit aucun écart chiffré de compétences numériques pour ces deux catégories. Le rapport LISER de 2024 n’avait pas non plus inclus le revenu parmi les huit caractéristiques de son modèle sur l’abandon de démarches en ligne. Il avait relevé une disparité limitée à une tâche : les ressortissants de pays hors UE représentaient 35,29 % des utilisateurs ayant abandonné une formation en ligne, contre 18,39 % de ceux qui ne l’avaient pas abandonnée. Ce résultat n’est ni un taux général de compétences ni la preuve d’un effet causal de la nationalité.
Des dispositifs plus nombreux, un impact à démontrer
Les signaux envoyés par les politiques publiques restent mêlés. La part des résidents disposant d’au moins des compétences de base est passée de 60,14 % en 2023 à 62,40 % en 2025. La Commission européenne évalue cette hausse à 1,9 % par an : une progression plus lente que celle de l’Union et encore inférieure à la trajectoire nationale de 71 % fixée pour 2025. Dans son rapport 2026 sur la décennie numérique au Luxembourg, elle estime que « les compétences numériques de base progressent trop lentement, avec des écarts persistants chez les personnes ayant un faible niveau d’éducation et les citoyens plus âgés ».
Le deuxième plan d’action pour l’inclusion numérique, adopté le 16 janvier 2026, mobilise 14 ministères autour de six leviers stratégiques, 36 sous-objectifs et 249 initiatives. Il prévoit des évaluations externes à mi-parcours et à son terme. Les activités recensées témoignent déjà d’une portée accrue : GoldenMe a organisé 82 SmartCafé pour 529 participants en 2025, contre 34 événements et 195 participants en 2024. BEE SECURE a dispensé 1 211 formations à environ 27 000 participants.
« Nous ne voulons laisser personne de côté » — Stéphanie Obertin, ministre luxembourgeoise de la Digitalisation
Ces volumes mesurent une fréquentation, non la réduction effective des écarts. L’étude de LISER associe surtout les bénéfices retirés d’internet à l’autonomie et à l’autoapprentissage. Les formations payantes arrivent en deuxième position, notamment pour les bénéfices économiques. Les formations gratuites proposées par les acteurs publics ou associatifs présentent des associations plus limitées, principalement avec la création de nouveaux liens sociaux.
Ces résultats étant observationnels, ils ne démontrent pas que l’un de ces modes d’apprentissage produit directement les bénéfices constatés. Ils renforcent plutôt la nécessité d’évaluer les acquis, au-delà du nombre de séances et de participants. Comme le résument Ludivine Martin et Nicolas Poussing, chercheurs de LISER et auteurs du rapport : « L’enjeu n’est pas de ralentir le changement technologique, mais de faire en sorte que chacun puisse en bénéficier. »
Questions fréquentes
- Quelle part des résidents du Luxembourg possède des compétences numériques de base ?
- En 2025, 62,40 % des résidents âgés de 16 à 74 ans possédaient au moins des compétences numériques de base, contre 60,40 % dans l’Union européenne.
- Quel est le principal facteur d’inégalité numérique relevé par LISER ?
- Le niveau d’éducation est le facteur de différenciation le plus marqué : les moins diplômés sont surreprésentés parmi les faibles utilisateurs, tandis que les plus diplômés dominent le groupe des utilisateurs intensifs.
- Les formations publiques réduisent-elles les écarts de compétences ?
- Les données disponibles mesurent surtout le nombre d’activités et de participants. L’étude étant observationnelle, elle ne permet pas d’établir que les formations ont directement réduit les écarts.
Sources(13)
- 1Nouvelle étude sur l'état de l'inclusion numérique au LuxembourgLuxembourg Government · gouvernement.lu
- 2Digital Inclusion Study Highlights Education Gap in Luxembourg's Digital SkillsChronicle.lu · chronicle.lu
- 3On 2 June, STATEC will launch the survey on internet use in 2025STATEC · statistiques.public.lu
- 4ICT usage in households and by individuals — metadataEurostat · webgate.ec.europa.eu
- 5Luxembourg's 2026 Digital Decade Country ReportEuropean Commission · digital-strategy.ec.europa.eu
- 6Individuals' level of digital skills from 2021 onwardsEuropean Institute for Gender Equality / Eurostat · dgs-p.eige.europa.eu
- 7Inclusion numérique. Une analyse de la situation en 2024LISER · mindigital.gouvernement.lu
- 8Stéphanie Obertin presented the new National Action Plan for Digital InclusionLuxembourg Government · mindigital.gouvernement.lu
- 9Initiatives for the digital inclusion of all citizensLuxembourg Ministry for Digitalisation · mindigital.gouvernement.lu
- 102025 activity report of the Ministry of Family, Solidarity, Living Together and ReceptionLuxembourg Government · gouvernement.lu
- 11BEE SECURE 2025 annual reportBEE SECURE · bee-secure.lu
- 12Luxembourgish Safer Internet CentreEuropean Commission · better-internet-for-kids.europa.eu
- 13Discover the new look of MyGuichet.luGuichet.lu · guichet.public.lu
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