Iran

Funérailles d'État de Khamenei en Iran, en l'absence de son successeur Mojtaba

Quatre mois après la mort du Guide suprême dans des frappes américano-israéliennes, des funérailles d'État d'une semaine affichent la continuité du régime — sans son successeur désigné, Mojtaba.

Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

Des personnes en deuil brandissent des drapeaux rouges de la vengeance autour du cercueil drapé d'Ali Khamenei au Grand Mosalla Imam Khomeini de Téhéran.
Des fidèles brandissent des drapeaux rouges, symbole chiite de la vengeance, autour du cercueil drapé d'Ali Khamenei, au complexe de prière du Grand Mosalla Imam Khomeini de Téhéran. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Il y a des cérémonies que l'on organise pour pleurer un mort, et d'autres pour convaincre les vivants. Les funérailles d'État qu'a lancées l'Iran le 3 juillet pour son Guide suprême assassiné, Ali Khamenei, relèvent clairement de la seconde catégorie. Pendant près d'une semaine, Téhéran se transforme en scène d'un adieu minutieusement réglé, dont chaque étape est pensée pour dire une seule chose : le régime a déjà tourné la page, la succession est close, la République islamique reste debout.

Khamenei, qui dirigeait le pays depuis 1989, a été tué le 28 février dans des frappes américano-israéliennes marquant le début de la guerre d'Iran de 2026, selon Al Jazeera et d'autres médias. Le gouvernement a confirmé sa mort le 1er mars et décrété quarante jours de deuil. Sa dépouille a été exposée au Grand Mosalla Imam Khomeini, l'immense complexe de prière de la capitale, avant une procession que les autorités ont délibérément étalée sur cinq villes et deux pays — un itinéraire qui tient autant du pèlerinage que de la démonstration de puissance.

Une liturgie de la vengeance

Rien n'a été laissé au hasard dans la scénographie du deuil. Au Mosalla, la foule se frappait la poitrine et scandait « vengeance, vengeance » et « mort à l'Amérique », brandissant des drapeaux rouges, symbole chiite de la vengeance, rapportent CBS News et Al Jazeera. Les autorités iraniennes ont avancé le chiffre de 30 millions de participants à travers le pays ; d'autres estimations tablent sur une affluence de 15 à 20 millions, ce qui en ferait les plus vastes funérailles d'État de l'histoire du pays.

Le cortège doit quitter Téhéran pour Qom, cœur du clergé chiite, puis gagner les villes saintes irakiennes de Najaf et Kerbala, avant une ultime procession et l'inhumation au sanctuaire de l'Imam Reza, à Mechhed, en fin de semaine. Les représentants de plus de cent pays assistaient à l'ouverture, dont au moins huit chefs d'État ou de gouvernement et une douzaine de présidents de parlement — parmi eux le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, le Russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian.

Nous ne sommes pas venus pour les funérailles, mais pour la vengeance.

Cette formule, lancée par un orateur du Grand Mosalla, résume le registre de défi d'un événement conçu autant pour un public intérieur et étranger que pour le recueillement. « Nous mettons en garde les ennemis de l'Iran, en particulier les États-Unis et le régime sioniste, contre toute erreur de calcul », a déclaré le haut commandant militaire Ali Abdollahi, cité par Al Jazeera.

Un héritier dynastique que nul ne voit

Le trait le plus saisissant de cet adieu est une absence. Mojtaba Khamenei, fils du défunt Guide et ancienne figure des Gardiens de la révolution, a été désigné le 9 mars troisième Guide suprême de l'Iran par l'Assemblée des experts, l'organe clérical de 88 membres habilité par la Constitution à pourvoir cette charge. Depuis, il n'est plus jamais apparu en public et n'assiste pas aux funérailles de son père — écarté, selon plusieurs sources, pour des raisons de sécurité, après des menaces israéliennes de le viser.

Mojtaba aurait été blessé dans ces mêmes frappes du 28 février qui ont tué son père, sa mère et son épouse, et ne s'exprimerait plus que par des communiqués écrits relayés par les médias iraniens, rapporte Radio Free Europe/Radio Liberty. Son invisibilité fragilise un spectacle censé signaler la stabilité au sommet de l'État.

La succession elle-même n'a rien eu d'une évidence. En vertu de l'article 111 de la Constitution, un conseil de direction intérimaire a pris les rênes le 1er mars, réunissant le président Masoud Pezeshkian, le chef de l'autorité judiciaire et un dignitaire du Conseil des gardiens. L'Assemblée s'est ensuite réunie début mars — d'abord en ligne, puis en présentiel — pour investir Mojtaba. Le New York Times rapporte qu'il a recueilli 59 voix sur 88, au-delà de la majorité des deux tiers requise ; d'autres médias avancent des décomptes différents.

  • Ce qui est établi : Khamenei est mort, et Mojtaba a été formellement désigné pour lui succéder.
  • Ce qui reste en suspens : savoir si un Guide que personne n'a vu peut asseoir son autorité face aux centres de pouvoir rivaux.

Les noms de l'ancien président Hassan Rohani et de Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République, avaient circulé comme solutions de rechange. Les récits de pressions des Gardiens de la révolution sur les membres de l'Assemblée et un boycott partiel de l'une des sessions ont révélé le malaise suscité par l'intronisation du fils du précédent Guide.

Nucléaire, région, pétrole : ce qui se joue en coulisses

Un changement au sommet de la République islamique se répercute bien au-delà des frontières iraniennes. Sur le dossier nucléaire, le flou est presque organisé. Téhéran a signifié en février à l'Agence internationale de l'énergie atomique que les garanties habituelles étaient devenues « juridiquement intenables et matériellement impraticables » en pleine guerre ; l'agence affirme ne plus pouvoir vérifier l'activité d'enrichissement de l'Iran ni faire le compte de ses stocks, tout en n'ayant relevé aucun indice de militarisation active. Avant le conflit, l'AIEA avait documenté l'accumulation d'une importante quantité d'uranium enrichi à 60 %, à un cheveu du seuil militaire.

Les pourparlers américano-iraniens ont été suspendus le temps des funérailles. Les analystes estiment que le volet nucléaire a été largement ajourné, les négociateurs se concentrant pour l'heure sur le détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole mondial. Les marchés de l'énergie ont oscillé en conséquence : le baril de Brent a bondi autour de 80 dollars début mars et a brièvement dépassé les 100 dollars à mesure que le trafic dans le détroit était perturbé — un choc que l'Agence internationale de l'énergie a classé parmi les plus violents de l'histoire du marché pétrolier —, avant de reculer d'environ 20 % par rapport à son pic de 2026 sur fond d'espoirs de trêve. Après un accord de fin juin pour cesser les hostilités et rétablir le libre passage, le Brent s'est stabilisé autour de 72 dollars.

Pour l'heure, les funérailles offrent à l'establishment iranien une tribune pour marmarteler que le système survit à tout homme, aussi central fût-il. « Le peuple iranien, noble et profondément enraciné, […] n'abandonnera pas le sang de son Guide », a lancé le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf. Reste une question que nulle chorégraphie ne peut trancher : cette unité affichée résistera-t-elle à l'arrivée d'un Guide suprême que nul n'a encore aperçu ?

Questions fréquentes

Que sont devenues les funérailles de Khamenei et pourquoi si tard ?
Tué le 28 février 2026 dans des frappes américano-israéliennes, Ali Khamenei fait l'objet de funérailles d'État étalées du 3 au 9 juillet, différées d'environ quatre mois en raison de la guerre. Le cortège relie Téhéran, Qom, puis Najaf et Kerbala en Irak, avant l'inhumation à Mechhed.
Qui succède à Ali Khamenei ?
Son fils, Mojtaba Khamenei, ancienne figure des Gardiens de la révolution, a été désigné troisième Guide suprême le 9 mars 2026 par l'Assemblée des experts. Il aurait obtenu 59 voix sur 88 selon le New York Times, mais n'est pas réapparu en public depuis.
Pourquoi Mojtaba Khamenei n'assiste-t-il pas aux funérailles ?
Il aurait été blessé dans les frappes du 28 février qui ont tué son père, sa mère et son épouse, et serait tenu à l'écart pour des raisons de sécurité après des menaces israéliennes de le viser. Il ne communiquerait plus que par écrit.
Quel impact sur le pétrole et le nucléaire ?
Le dossier nucléaire est largement ajourné, l'AIEA ne pouvant plus vérifier les stocks iraniens. Après un pic au-delà de 100 dollars lié aux perturbations dans le détroit d'Ormuz, le Brent s'est stabilisé autour de 72 dollars à la suite d'un accord de fin juin.
Sources(12)
  1. 1Iran confirms Supreme Leader Ali Khamenei dead after US-Israeli attacksAl Jazeera · aljazeera.com
  2. 2Dayslong funeral for slain Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei begins in TehranNPR · npr.org
  3. 3Iran's Khamenei funeral: Which world leaders are attending?Al Jazeera · aljazeera.com
  4. 4U.S.-Iran Latest: Mourners chant for revenge as Iran begins dayslong funeral of slain supreme leaderCBS News · cbsnews.com
  5. 5Still No Sign Of Supreme Leader As Iran Kicks Off Funeral Rites For KhameneiRFE/RL · rferl.org
  6. 62026 Iranian supreme leader electionWikipedia · en.wikipedia.org
  7. 7State funeral of Ali KhameneiWikipedia · en.wikipedia.org
  8. 8Ayatollah Khamenei Funeral: What We KnowNewsweek · newsweek.com
  9. 9Iran Prepares for Week of Funeral Processions for Ayatollah Ali KhameneiTIME · time.com
  10. 10Oil prices rise as U.S. and Iran reach deal to halt attacks, U.S. oil above $70 per barrel againCNBC · cnbc.com
  11. 11Oil drops 20% from 2026 peak on optimism over U.S.-Iran ceasefire talksCNBC · cnbc.com
  12. 12Tehran Begins Multi-Stage Funeral for Khamenei; Successor Mojtaba Remains AbsentIranWire · iranwire.com

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